3.11.09

Idée reçue numéro 3 : le déficit de la Sécu est bidon, le Trou de la Sécu n'existe pas !

Pour consulter toutes les idées reçues, suivre le tag idée reçue.

Il y a un message idiot qui circule partout depuis longtemps déjà et qui tend à faire croire que le déficit de la Sécu est organisé par les pouvoirs en place. Certes, le pouvoir, qu'il soit de droite ou de gauche, est fécond en actions nocives et en déchets toxiques, mais pour une fois on ne peut l'incriminer, il n'est ici coupable que de l'habituel laisser-aller démagogique (la politique du chien crevé au fil de l'eau dénoncée déjà par André Tardieu en 1921).

Des dizaines et des dizaines de blogs relaient cette idiotie (sans même réactualiser les chiffres faux, comme les "11 milliards de trou" qui ont bien grossi ces derniers temps). Je cite le principal morceau de cette légende urbaine :
Savez-vous que :
A. Une partie des taxes sur le tabac, destinée à la Sécu n'est pas reversée : 7,8 milliards
B. Une partie des taxes sur l'alcool, destinée à la Sécu n'est pas reversée : 3,5 milliards
C. Une partie des primes d'assurances automobiles destinée à la Sécu n'est pas reversée : 1,6 milliards
D. La taxe sur les industries polluantes destinée à la Sécu n'est pas reversée : 1,2 milliards
E. La part de TVA destinée à la Sécu n'est pas reversée : 2 milliards
F. Retard de paiement à la Sécu pour les contrats aidés - 2,1 milliards
G. Retard de paiement par les entreprises - 1,9 milliards.

En faisant une bête addition, on arrive au chiffre de 20 milliards d'Euro.

Conclusion, si les responsables de la Sécu et nos gouvernants avaient fait leur boulot efficacement et surtout honnêtement, les prétendus 11 milliards de trou seraient aujourd'hui 9 milliards d'excédent.
Les gens ont l'air de croire que si la SS est en déficit c'est seulement parce que le gouvernement ne veut pas faire son travail correctement ! Mais comme dirait l'autre : inutile de chercher de la malice là où la bêtise, la paresse et l'inertie suffisent à tout expliquer. On sait que l'explication du déficit c'est, d'une part, la façon dont la SS a été construite (elle suppose des ressources infinies pour instaurer le communisme du "à chacun selon ses besoins") et d'autre part la dette publique comme "part de l'Identité Nationale" (vive le Grand Emprunt Identitaire)...

Car ça n'a pas de sens de parler de "taxes destinées à la Sécu". D'abord, toutes les taxes vont dans un pot commun avant d'être réparties : fiscalement, il n'y a pas d'affectation des ressources aux dépenses. De plus, par construction, la Sécu n'est pas alimentée par des taxes, mais par des cotisations (même la CSG n'est pas un impôt mais une cotisation sociale). La Sécu s'est voulue (pour le meilleur et pour le pire) une organisation parallèle à l'Etat, les syndicats y veillant aussi jalousement que l'avare veille sur sa poule aux oeufs d'or... (poule aujourd'hui bien déplumée, les rapaces n'ayant laissé qu'un immense Trou béant et quelques plumes).

Il y a un soupçon de vérité cependant, dans le sens où le financement de la SS est complètement absurde, discriminatoire et confiscatoire. Certains (gros salaires, indépendants) doivent payer un maximum, alors que d'autres ont un traitement de faveur (professions médicales "conventionnées") ou sont quasiment exonérés (fonctionnaires).

Prochaine idée reçue n°4, qui promet une belle rigolade, mais devrait donner lieu à une bonne démonstration de l'application des principes libertariens : "la Sécu nous appartient".

5 commentaires:

Paul Touron a dit...

La forme revient , continuez !

bibi33 a dit...

La csg est un impôt voir Décision N° 90-285 DC du conseil constitutionnel.

Et un impôt non recouvert par l'état c'est anticonstitutionnel, mais comme on est en France ce n'est pas très grave.

De plus les montants non perçus par la sécu (dont le montant est bien inférieur) ne sont pas des montants annuels mais les "dettes" de l'état vis-à-vis de la SS.

Donc dans cette supercherie en plus de confondre dettes et déficits, de donner des montants erronés, on oublie de mentionner que l'état a réglé "ses dettes" vis à vis de la SS.

http://www.snamer.fr/snadossiers/secu.pdf

Laure Allibert a dit...

Concernant la CSG, c'est une cotisation sociale du point de vue de la CJCE (arrêts du 15 février 2000), et un impôt du point de vue du Conseil d'Etat français, qui refuse d'appliquer les décisions communautaires ! Claude Reichman évoque le sujet ici : Avis de décès de la Sécurité sociale.

y.hudec a dit...

Le traitement de faveur des professions médicales conventionnées est un leurre pour les professions médicales.
Il découle d'un contrat (de dupe) : avantage - honoraires bloqués.
A titre indicatif le coût d'une consultation par un médecin du travail est de 65€, celui d'un libéral 23€.
Ah si les médecins pouvaient demander lors de leurs visites des honoraires de déplacement de 50€ comme les plombiers en plus de leurs honoraires de consultation ! Ils ont pourtant les mêmes frais d'essence et ne récupèrent aucune TVA.
Aucune TVA (19,6 %) de récupérable d'ailleurs, ce qui fait une somme conséquente sur le fonctionnement d'un cabinet.
Arrêtez de montrer du doigt sans savoir. Arrêtez de taper sur une profession dont les membres font dix d'études (et non dix de club med selon les clichés abrutis qui circulent), travaillent 50 heures par semaine pour un revenu dont le montant vous étonnerait.
Et si vous ne croyez pas les chiffres demandez confirmation au conseil de l'ordre des médecins, et la caisse de retraite des médecins, tout est consultable et transparent ce n'est pas la sécu.

Laure Allibert a dit...

Mais je suis totalement d'accord avec vous, et je ne montre pas du doigt sans savoir... Les professions médicales sont victimes de leurs syndicats, qui ont vendu leur liberté pour un plat de lentilles ! J'ai plusieurs fois souligné l'aberration d'avoir des médecins moins payés que des coiffeurs ou des plombiers. Mais d'où cela vient-il à votre avis ? Pourquoi n'y a-t-il pas un marché libre ? Parce que l'Etat est intervenu et que les représentants des professions médicales se sont laissé faire.